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Les médias catholiques : entre mission d’information et construction du lien social

Intervenant de René Aucourt (Président de la presse paroissiale) aux Journées d’Annecy 2014, dans un atelier animé par Vincent David (directeur de rédactions du Courrier Français).

Le thème est large. Je ne parlerai bien sûr qu’à partir de mon expérience. Tout l’intérêt de l’atelier est dans l’échange que cette expérience peut susciter. Mon expérience concerne donc les Journaux Paroissiaux.

Une présentation rapide de la presse paroissiale
Une presse qui est à l’initiative des paroisses, ou quelquefois de deux ou trois paroisses ensemble.  (Attention, elle ne se confond pas avec la presse diocésaine, et en ce sens-là elle est assez unique dans le monde). Elle est multiple dans la forme comme dans le contenu, à l’image des paroisses, mais elle comporte maintenant des caractéristiques communes, en tout cas des tendances générales. C’est une presse de proximité.
Souvent le journal paroissial a deux parties : une qui est réalisée sur un plan diocésain ou association régionale (un fonds commun) et une partie écrite localement. On voit aussi apparaître des réalisations mixtes comme un article « général » complété par un article local (exemple un portrait local etc…)
Le journal paroissial tourne habituellement autour de 4 numéros par an (septembre (rentrée), Noël, Pâques, Juin (été)). Mais on trouve aussi des mensuels.
La cible visée est généralement très large : on la définit parfois par cette formule : « ceux qui ne sont pas contre mais que l’on ne voit pas. » autrement dit, les personnes qui se reconnaissent de l’Eglise mais qui sont plus ou moins à distance… autrement dit, le public premier n’est pas le pratiquant religieux de chaque dimanche, mais il n’est évidemment pas exclu
Généralement, c’est une presse gratuite, distribuée dans toutes les boîtes aux lettres (tout foyer) par un réseau de bénévoles. Mais il existe aussi des abonnements, et des envois postaux.
Le financement est assuré par la publicité d’une part, le soutien financier (enveloppes de soutien dans une des parutions) et la paroisse.
La réalisation passe par des professionnels qui assurent l’accompagnement technique et rédactionnel, en particulier Bayard Service Edition.
Une équipe locale de rédaction assure la rédaction, et une équipe importante de bénévoles assure la diffusion.
Des associations régionales aident et accompagnent les journaux, ainsi qu’une fédération nationale qui publie les Cahiers des journaux paroissiaux.


Entre information…
Dans un premier aperçu, il semble que la presse paroissiale développe relativement peu la dimension information, en tout cas elle ne peut pas le faire pour l’actualité « chaude »… son rythme de parution l’en empêche. Une partie vie de la paroisse apporte des infos mais elles sont généralement pratiques et plutôt générales comme les horaires de messes, les permanences d’accueil ou ce qu’il faut faire pour s’inscrire pour un baptême ou un mariage. Mais en même temps, le journal paroissial apporte aussi sa part d’informations.
Par exemple, la présentation d’une action solidaire, les médias locaux ne vont pas d’abord chercher ce genre de sujet, parfois ils reprennent même nos sujets.
Nos agendas sont aussi l’occasion d’informer sur des conférences dont les sujets ciblés sont peu médiatisés : conscience et neurosciences, culture et théologie au moyen âge, découvrir le judaïsme, le soufisme et les jeunes musulmans, l’avenir : menace ou promesse regards croisés entre économie et éducation,….
En fonction des sujets de nos dossiers, nous proposons aussi des livres, nous sélectionnons telle ou telle expo…


et construction du lien social
Elle trouve plutôt sa raison d’être du côté de la construction du lien social.
Construction du lien social
Une définition : de quoi on parle ?
« Le lien social désigne en sociologie l'ensemble des relations qui unissent des individus faisant partie d'un même groupe social et/ou qui établissent des règles sociales entre individus ou groupes sociaux différents.
En psychologie sociale, on parlera plutôt de lien interpersonnel. On étudie alors ce qui fonde la relation interpersonnelle du point de vue des affects, des représentations, des statuts, des situations. »
On peut résumer, et caricaturer en parlant de relations (liens, échanges) entre l’individu et le groupe, ce qui permet de rattacher l’individu à un groupe et même les groupes les uns aux autres.
Les lieux d’exercice de ce lien social sont répertoriés ainsi (voir un cours de 1ère S qui précise quatre lieux) : entreprise, famille, école, associations :
« Au sein de l’entreprise, les salariés entretiennent des relations sociales : solidarité, amitié, coopération, …
Au sein de la famille existent des liens familiaux : solidarité, affection, entraide, socialisation, …
L’école favorise le lien social : socialisation, intégration, solidarité, diplôme, …
Les associations jouent un rôle déterminant dans le maintien du lien social : solidarité, aide, écoute, … »
Comment les journaux paroissiaux permettent-ils ce lien social ?
° un maître-mot : proximité :
Ce qui fait la chance des journaux paroissiaux c’est d’être écrits et diffusés au plus près de la population locale. Les portraits, les interviews, les photos ne parlent pas de personnes lointaines, de people entre guillemet « parisien » mais chacun, chacune peut être rencontré(e) dans la rue de mon village, ou de ma ville. Souvent on utilise cette formule : dans un journal paroissial, on ne parle pas du Secours Catholique mais on présente Mme Dupont qui est engagée localement au Secours Catholique. Ce n’est pas un théologien qui parle de Noël mais le curé local. Ce n’est pas pour dire que c’est forcément mieux et plus intéressant, c’est simplement pour marquer cette dimension de proximité, donc de lien social.


Quelles formes d’articles, quels sujets ?
En regardant quelques journaux, j’ai établi une liste (évidemment pas du tout exhaustive) mais qui donne un bel aperçu de ce qui s’écrit dans les JP :
Des présentations d’associations locales  (culturelle, caritative, commerciale, professionnelle) ex. comité des fêtes, association de commerçants, une école de musique, ou un CCAS municipal
Cela est aussi valable pour les groupes d’Eglise régulièrement présentés... CCFD, Secours Catholique, Equipes du Rosaire ou préparation aux funérailles…
Des présentations de professionnels : comme des personnes au service des vacanciers en zone touristique, un facteur, un vétérinaire, un agriculteur, un artiste ou une infirmière, un éleveur de chèvres ou le nouveau curé
Des expériences humaines qui touchent une large population : ex. l’été, les vacances; mais aussi religion : menace ou espoir pour la paix ?, ou bien voter aux prochaines élections, ou bien la vérité, les soins palliatifs.
L’important est d’être bien en accord avec les préoccupations de la population locale.
Les questions liées à la psychologie apparaissent de plus en plus comme par exemple : pardonner, être ou paraître, l’harmonie, donner et recevoir… Cette dimension a commencé il y a seulement quelques années
Le lien avec le patrimoine local : souvent la présentation d’une église, d’une croix, d’une œuvre originale, par exemple les chaires à prêcher… ou bien une dimension historique comme la navigation sur le Lac d’Annecy ou la présence des Visitandines depuis 4 siècles
Les joies et les peines (les carnets) ne sont pas seulement une liste, mais ils expriment les liens créés, les reconnaissances… ce sont des personnes, des visages derrière un nom, et toute une vie et une foi qui est exprimée
Une page ou une partie « médiation » ou prière, souvent par un auteur local…
Derrière cette liste, je retiens :
° les journaux vont à la rencontre de personnes qui ne nous attendent pas forcément, mais pour qu’ils se retrouvent il faut « parler d’eux »
° les journaux paroissiaux n’ont pas de sujets interdits : ils ne sont pas enfermés dans la seule sphère interne de la paroisse, ni non plus dans la seule sphère « laïque »… ils abordent aussi bien la vie de l’éleveur de chèvres que l’Equipe du Rosaire et cela donne un regard large et ouvert
° ce regard marque tous les articles (ou devrait les marquer) : ce regard est celui de l’Evangile ; il s’agit toujours de mettre en avant les valeurs vécues, sans oublier la place des pauvres et des exclus au sens large du mot (la photo de l’article « paraître, beauté » est la photo d’une personne âgée)
° il s’agit toujours de donner la parole, de montrer (au sens de mettre en vitrine) des personnes, donc de construire ainsi un lien social. Il ne s’agit pas d’établir une carte d’identité de telle ou telle association ou groupe, mais de donner écho de la vie, des liens, des services qui se vivent… Cet enjeu-là est essentiel et toujours difficile à réaliser.
° les journaux paroissiaux ont une liberté d’action. Elle voudrait apporter sa contribution au débat d’idées. Elle n’est pas à ce titre la parole officielle de l’Eglise mais elle est bien d’Eglise. C’est une force pour entrer en relation avec son lectorat.


Les diffuseurs et le lien social
Un journal ne vit que grâce à sa diffusion : l’équipe des bénévoles est essentielle. Elle est souvent impressionnante par les chiffres : une paroisse affiche 100, 150 diffuseurs. Ces personnes souvent ne se contentent pas de glisser dans la boîte aux lettres, mais elles parlent, elles deviennent assez vite les personnes référentes de la Paroisse (même si leur lien personnel avec la paroisse est souvent bien lointain). C’est à ces personnes-là que l’on pose des questions, que l’on donne des réactions, ou des suggestions. Ces personnes créent directement des liens avec leurs voisins, et cela au nom de la Paroisse… 

Les annonceurs
Ce lien social existe également. Il est d’autant plus visible dans les villages ou les petites villes. A travers la publicité, des relations s’établissent, et cela se traduit simplement par des courriers (les vœux), parfois par des invitations à une rencontre… ou par le choix de cet artisan ou de ce commerçant par la paroisse ou des paroissiens… Quand une paroisse rayonne, souvent la pub est au rendez-vous…