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Comment parler de nouvelle évangélisation sans être accusé de prosélytisme ?

Fiche de l'atelier d'Annecy. Intervenant: Samuel Pruvot, rédacteur en chef magazine de Famille Chrétienne; animateur Jean-Louis Berger-Bordes.

Exposé d'introduction par Samuel Pruvot

Une « vieille lune »

• La difficulté avait déjà été soulignée en 2007 par Benoît XVI dans sa « Note doctrinale sur certains aspects de l’évangélisation »: « On se pose de plus en plus aujourd’hui des questions sur la légitimité de proposer à d’autres ce qu’on tient vrai pour soi, afin qu’ils puissent eux aussi y adhérer. Une telle proposition est souvent perçue comme une atteinte à la liberté d’autrui. »

• Le prosélytisme, et l’évangélisation, apparaissent effectivement, dans notre société relativiste, comme le fait d’imposer son message au détriment de la liberté d’autrui. La vérité devient synonyme de force et de contrainte. Cette confusion est d’autant plus grave que l’évangélisation, contrairement au prosélytisme, fait appel à la liberté avec des moyens non coercitifs pour annoncer une vérité qui libère.

Temps nouveaux, chances nouvelles
Mais nous avons la chance aujourd’hui, de vivre un nouveau temps, un nouveau contexte qui change le climat.

• Les atouts nouveaux tiennent bien sûr à l’élection du Pape François, perçu comme prêchant d’exemple, en écoute et compassion - sans bousculer pour autant les piliers de la foi chrétienne -, avec une volonté de cohérence entre le message et les actes (avec aussi l’idée force de toucher les « périphéries »).

• Les mois à venir diront par ailleurs ce que sera l’impact de la visite de François Hollande au Pape François ; mais aussi de ces mots que le Président a prononcés sur le tarmac de Villacoublay en accueillant le Père Georges après sa libération : « mais d’où vient votre énergie ? » ; puis, « je vous félicite pour vos convictions religieuses ».

• Et puis, l’Église catholique, minoritaire en Occident, a une chance à saisir. Sa faiblesse est incompatible avec une prétention de pouvoir. Elle ne dispose que de moyens pauvres.

• Il s’agit dès lors de retrouver le sens étymologique grec de « prosélyte » : nouveau venu dans un pays étranger. Catholiques, nous ne sommes pas en terrain conquis possesseurs de la vérité. Nous sommes admis par grâce à connaître Jésus Christ. Le pays étranger c’est le royaume de Dieu auquel nous voulons donner libre accès.

• « La méthode de la mission chrétienne n’est pas le prosélytisme, mais celle de la flamme partagée qui réchauffe l’âme » (Pape François).


Échanges de l’atelier

Soif et rejet d’évangélisation, sont ressentis. Ouvrir le dialogue.

• Les difficultés et incompréhensions sont partagées, qu’il s’agisse du dépôt parfois mal ressenti des bulletins paroissiaux dans les boites aux lettres, ou des prospection en publipostage qui provoquent des réactions vives de destinataires.
Il importe alors de prendre le temps de répondre à chacun, tout chronophage que cela soit, ce qui permet bien souvent de déboucher sur de riches échanges.

• La rupture peut être aussi question de génération, la plus jeune n’étant pas dans le rejet, mais plutôt dans l’indifférence et la méconnaissance. Et la plus ancienne ayant pu être « blessée » par telle parole ou telle attitude dans son chemin et sa foi de chrétien.

• Ce rejet peut être aussi d’a priori laïciste, quand il s’agit d’interdire les portes de malades ou personnes âgées en maisons de retraite sans demande explicite de leur part.

Pas d’autocensure. Mais libérer la parole.

• Des publications, notamment dans les paroisses et diocèses, se posent la question du « jusqu’où » aller sans risquer de heurter, pour des sujets d’actualité sociétale ou politique. Lesdits sujets n’étant dès lors pas traités.

• Le recours aux témoignages peut permettre de surmonter la difficulté, en donnant ensuite large place aux réactions des publics pour créer l’échange, la réflexion, le discernement.

Plus que la parole d’autorité, « porte » aujourd’hui le témoignage vécu, manifestant l’authenticité et la sincérité de la pensée du « témoin ».

Ces exemples aident aussi à conforter des personnes en perte d’espérance, de repères, dans leur foi. Voire en questionnements sur l’Église « institution ».

• Face à un sujet de crispation, on peut par ailleurs donner des éléments de discernement, religieux, juridiques, sociétaux.

Donner toute leur place aux initiatives de charité, de compassion, d’accueil, d’écoute.

• On ne peut pas « faire passer » le message de l’Église, sa Bonne Nouvelle, si on ne fait pas passer aussi les actions bien concrètes des chrétiens. Une  façon en somme de « reformuler », d’inculturer, l’annonce de l’Évangile, en le donnant à voir et à vivre.

S’exposer

• L’évangélisation dans la rue est-elle ou n’est-elle pas prosélyte ? Ceux qui la vivent ne se posent pas la question : « Il y a urgence ».
Quant on a une « bonne nouvelle » on ne peut la garder pour soi, on ne peut que vouloir la partager. Sans l’imposer. Déjà, la donner à connaître.

Et puis esprits heurtés ou pas, indifférence ou agacement, rejet ou écoute, les dialogues ainsi provoqués révèlent bien souvent de belles surprises, de douloureuses histoires aussi, qui peuvent alors être accompagnées.