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Homélie du Cardinal Secrétaire d’état Pietro Parolin

Lourdes, 26 janvier 2018 - Journées Saint-François de Sales

© Corinne SIMON/CIRIC

Chers amis, frères et sœurs journalistes et communicateurs,

Nous voici rassemblés dans cette Basilique de l’Immaculée Conception, dans le cadre des 22èmes Journées Internationales Saint François de Sales ici à Lourdes pour réfléchir sur le thème « médias et vérité », inspiré de la 52ème journée Mondiale de la Communication Sociale : « «La vérité vous rendra libres» (Jn 8, 32). Fausses nouvelles et journalisme de paix ».

Durant ces Journées Internationales Saint François de Sales, en communion avec le pape, vous explorez les diverses facettes des métiers de la communication sous l’angle du service de la vérité. C’est en effet ce qui distingue ceux qui se consacrent au service de l'information.

Bon an mal an, les associations de journalistes publient les listes des agressions subies par les professionnels de la communication, certains sont tués. Aujourd’hui, prions spécialement pour tous ceux qui sont agressés ou tués dans l’accomplissement de leur engagement à rechercher la vérité et de leur effort pour la partager.

Votre métier est complexe mais votre rôle est fondamental pour une société libre et pluraliste. En effet, comme l’affirme le Pape François, « Peu de professions ont autant d’influence sur la société que celle du journalisme. Le journaliste revêt un rôle de grande importance et, dans le même temps, de grande responsabilité. D’une certaine façon, vous écrivez « la première ébauche de l’histoire », en construisant l’agenda des nouvelles et en introduisant les personnes à l’interprétation des événements. » (Discours au Conseil National de l’ordre des journalistes italiens, 22 septembre 2016)

Dans la première lecture que nous venons d’écouter, Paul se dit au service « de la pleine connaissance de la vérité qui est en accord avec la piété » (Tt 1, 1). En fait la piété dans la Bible est une relation attentive, aimante. Les hommes vraiment pieux ne séparent pas culte et amour du prochain, en particulier des plus pauvres, et nous en avons des exemples chez des prophètes comme Michée, Osée. La piété biblique ne sépare jamais le culte et l’amour du prochain, et Saint Paul enseigne même qu’un comportement contraire à la véritable piété, en l’occurrence l’amour de l’argent, « coupe de la vérité » (1 Tm 6, 3-6). Pour le chrétien, la « piété », c’est l’imitation du Christ ; c’est une vie où l’amour vécu permet de manifester le visage aimant du Père, révélé en son Fils unique « plein de grâce et de vérité ».

« Qu’est-ce que la vérité ? » Cette question de Pilate, (Jn 18, 38) lancée de façon ironique le matin de la crucifixion, n’a rien perdu de son actualité.

Notre monde est en quelque sorte une immense parabole qui nécessite des éclaircissements à divers niveaux de compétence et de quête authentique de la réalisation intégrale de l’être humain. Scruter ce monde, observer l’actualité, l’interpréter, repérer les initiatives constructives c’est aussi le travail attendu des journalistes, surtout de ceux qui travaillent dans les médias catholiques.

Il est intéressant aussi de voir qu’en hébreu, la vérité se dit « emet » ; c’est à cette racine qu'appartient l'acclamation liturgique « Amen ». Pour l'homme de la Bible est « vrai » ce sur quoi il peut s’appuyer pour orienter sa vie. Autrement dit, il ne s’agit pas seulement d’être convaincu de ce qui est dit ou convaincant lorsque cela est dit, mais d’affirmer qu’il en est réellement ainsi. On peut voir cette « parole en acte » à l’œuvre depuis le récit de la création dans la Genèse « Il dit et cela fut » jusqu’au Prologue de saint Jean : « Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire » (Cf. Jn 1, 14)

Amen ! Ainsi soit-il ! « Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel », disons-nous dans la prière du « Notre Père… » Ce sens d’un comportement fidèle et l’expression d’un engagement ferme ont certainement influencé l’enseignement johannique sur la vérité. Bien plus qu’un concept intellectuel, la vérité est un comportement fidèle. Et l’épitre de Saint Jean nous rappelle que si notre comportement n’est pas fidèle, nous sommes des menteurs, une sorte de « fake news » :

« - Si nous disons que nous sommes en communion avec lui, alors que nous marchons dans les ténèbres, nous sommes des menteurs, nous ne faisons pas la vérité.

 - Mais si nous marchons dans la lumière, comme il est lui-même dans la lumière, nous sommes en communion les uns avec les autres, et le sang de Jésus, son Fils, nous purifie de tout péché.

- Si nous disons que nous n’avons pas de péché, nous nous égarons nous-mêmes, et la vérité n’est pas en nous.

- Si nous reconnaissons nos péchés, lui qui est fidèle et juste va jusqu’à pardonner nos péchés et nous purifier de toute injustice.

- Si nous disons que nous sommes sans péché, nous faisons de lui un menteur, et sa parole n’est pas en nous. » (Cf 1Jn 1, 6-10)

Chers frères et sœurs, le chemin de la vérité passe à travers la reconnaissance de nos limites. C’est également un moyen pour nous de nous laisser visiter par la miséricorde divine.

Dès lors, la relation à Dieu, est-elle un chemin de vérité et de liberté ?

Dans l’esprit de la piété biblique, notre regard posé sur le monde et notre attention aux personnes peuvent contribuer à l’avancée du règne de Dieu. Et Péguy d’écrire : « Les événements, dit Dieu, c'est Moi ! C'est Moi qui vous caresse ou qui vous rabote. Mais c'est toujours Moi. Chaque année, chaque heure, chaque événement, c'est Moi ! C'est Moi qui viens, c'est Moi qui vous aime, c'est Moi. N'ayez pas peur ! Ainsi soit-il.  »

Dieu n’empêche pas l’autonomie de l'homme ; bien mieux l’humain ne se réalise pleinement que dans ce rapport au divin. Ainsi sommes-nous invités à conjuguer l’obéissance à la volonté de Dieu avec la passion pour la vérité et la liberté de la recherche, conjuguer discernement de la volonté de Dieu et liberté d’opinion, en unissant la passion pour Dieu et la passion pour l’Homme, la vérité et le respect de la dignité des personnes.

C’est également la mission prophétique de tout baptisé d’annoncer la vérité, de faire voir les diverses réalités à travers la lumière de l’Évangile. « Si vous demeurez fidèles à ma parole, vous êtes vraiment mes disciples ; alors vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres. » Jn 8, 31. C’est pourquoi « La liberté de conscience n’est jamais une liberté affranchie « de » la vérité, mais elle est toujours et seulement « dans » la vérité », comme l’a si bien affirmé Saint Jean Paul II dans sa Lettre Encyclique Veritatis Splendor (n° 64).

La vérité, pour nous chrétiens, ce n’est pas d’abord et surtout un corpus de doctrines, c’est une personne : le Christ. Jésus dit : « Je suis le chemin et la vérité et la vie » (Jn 14, 6). On n’y accède pas en proclamant des slogans et en appliquant des principes, mais en marchant – humblement – à sa suite, en vivant en communion avec lui, en communion avec nos frères les hommes. Et le Pape François nous l’enseigne quand il dit : « Aimer la vérité signifie non seulement affirmer, mais vivre la vérité, en témoigner par son travail. Vivre et travailler, donc, de façon cohérente par rapport aux paroles qui s’utilisent pour un article de journal ou un reportage télévisé. La question ici n’est pas être ou ne pas être un croyant. La question ici est être ou ne pas être honnête avec soi-même et avec les autres. La relation est le cœur de toute communication. » (Discours au Conseil National de l’ordre des journalistes italiens, 22 septembre 2016).

Hélas, l’actualité nous met sous les yeux des hommes et des femmes qui prétendent connaitre Dieu et cependant détruisent, tuent et commettent toutes sortes de mal en son nom, au nom de la vérité… Prions pour les victimes et pour les bourreaux en proclamant avec force qu’on ne peut tuer au nom de Dieu, ni détruire l’homme créé à son image et ressemblance (Cf. Gn 1, 27).

L’ultime parole de vérité de Dieu, c’est le Christ en croix. La passion, mort et résurrection de Jésus est l’expression suprême de l’amour de Dieu en Jésus qui nous donne son esprit de vérité et de liberté, esprit de discernement, esprit de pardon e d’amour inconditionnel.

Alors, « Qu’est-ce que la vérité ? » Jésus ne répond pas à Pilate, il fait silence. D’une certaine façon, il renvoie le gouverneur romain à lui-même, l’invitant pratiquement à un examen de conscience. C’est souvent la même chose dans nos vies : la vérité de l’Evangile nous révèle qu’il y a tout un chemin à faire.

Seigneur Jésus, Tu es le chemin, la vérité et la vie. Souvent nous éprouvons de la difficulté à te suivre, à demeurer avec Toi pour connaitre la vérité, tentés de choisir la facilité et ce qui nous est commode. Accorde-nous de savoir reconnaitre comme un don de ta grâce, notre liberté de rechercher et de communiquer la vérité. Que ton Esprit de vérité nous assiste dans le discernement quotidien de ce qui est bien, de ce qui est bon, de ce qui est beau, pour « communiquer cette triade existentielle que forment vérité, bonté et beauté » (Pape François, Discours aux représentants des médias, le 16 mars 2013). Que cette célébration eucharistique nous renouvelle dans nos promesses baptismales pour t’aimer par-dessus tout et toujours rejeter le mal, le péché et Satan, le tentateur.

Notre-Dame de Lourdes, accorde-nous d’ajuster nos engagements professionnels à la volonté de Dieu notre Père.

Amen.